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Anthropologie politique de la globalisation


Introduction
Bernard Hours
Monique Selim
La globalisation entendue ici débute après la chute du mur de Berlin suivie de l’effondrement de l’URSS. C’est aussi le commencement réel du troisième millénaire. Des phénomènes particuliers
sont observables à des époques antérieures, comme la découverte
du monde par les grands navigateurs. Néanmoins, par leur ampleur
et leur nature, les divers processus observables aujourd’hui se
conjuguent pour mettre en œuvre des logiques efficaces convergentes appelées globalisation. Celles-ci font éclater les mesures du
temps, de l’espace, produisant une configuration nouvelle que
même les anthropologues ne peuvent plus nier, malgré leur attachement académique à des objets présumés, à tort, pérennes : les
fameuses traditions trop longtemps présentées comme des plats
froids pour musées. Prendre pour objet de recherche la globalisation c’est accepter l’évidence d’une somme de changements en
forme de mutation profonde, cohérente, articulée, complexe, appelée ici globalisation.
Il s’agit d’un phénomène plurivoque, autogénéré, produisant des
normes nouvelles dans tous les domaines. Sa dimension géographique exprimée par la notion de mondialisation est trop étroite et
limitée à l’espace pour être retenue. Ce sont les diverses normes
productrices du sens de la globalisation qui nous intéressent dans
cet ouvrage. Les dimensions idéologiques et politiques retiennent
notre attention car elles sont les moins étudiées, les anthropologues
préférant, pour une large part d’entre eux, se pencher sur les flux
culturels liés à la globalisation, souvent avec un culturalisme et des
œillères apolitiques. Le développement planétaire de l’économie de
marché capitaliste se double de la production de normes globales
dans des domaines tels que la morale, la santé, la sécurité, trois
champs où l’efficacité des logiques globales s’observe, se construit, se développe à grande échelle. Tout se passe comme si un
système économique devenait projet de civilisation, univoque et
unique. La fin apparente de l’idéologie du progrès, des récits et
aspirations politiques antérieurs, sonne l’extinction des lumières du
XVIII
e
siècle européen. Il y a là une rupture manifeste, profonde,
durable, qui n’est certes pas la fin de l’histoire mais l’ouverture
d’un autre chapitre dont la durée et la viabilité sont des inconnues
face auxquelles les présomptions néolibérales, naïves ou arrogantes, pèsent peu.
La globalisation mobilise plus les politistes et les économistes que
les anthropologues pour lesquels elle apparaît comme un risque
mais aussi un défi. Comment en effet penser le local du global
lorsque le local ne peut plus se prévaloir d’une autonomie évanouie
comme l’espace et le temps anciens ? La liberté des acteurs locaux
demeure, mais elle est en permanence exposée à la mise en scène
de spectacles dits “culturels” ou de pseudo-informations, comme si
chacun n’était plus qu’un figurant dans un théâtre global sans
adresse, ni murs. Ce non-lieu où tout se passe en temps réel est
pourtant le cadre où s’inscrit progressivement une partie de
l’humanité aujourd’hui. Le destin de “l’autre partie” est évidemment préoccupant puisqu’il représente un danger potentiel, une
contestation permanente, possible, des consensus virtuels qui fondent la fiction globale. Car la globalisation se présente comme une
énorme bulle, financière, environnementale, politique, morale,
sanitaire, qui se constitue par le simple effet de l’interdépendance
généralisée qui enchaîne tous les acteurs du système, à l’exception
de ceux qui se situent hors de ce système, c’est-à-dire les nonsolvables, les fameux “pauvres” de la Banque mondiale, tous ceux

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